Publié le 06.05.20

“Cette crise amplifie le recours à des services numériques de proximité”

Le jour d’après est une série d’interviews et de tribunes qui portent un regard sur les enseignements que nous pourrons tirer, demain, de la crise sanitaire que nous vivons actuellement. Quels nouveaux besoins, quels nouveaux usages et relations sociales s’organisent dans ce contexte sans précédent ? Comment les initiatives positives créées par cette situation inédite peuvent-elle constituer des enseignements durables pour plus d’urbanité et une meilleure qualité de vie en ville ? Urbanistes, sociologues, géographes, architectes, mais aussi start-upper nous éclairent de leurs regards multiples sur l’urbanité bousculée que nous vivons aujourd’hui, pour inspirer durablement celle de demain.

Experts, observateurs, usagers de la ville, si vous souhaitez participer à la série #Lejourdaprès, écrivez-nous sur contact@enviesdeville.fr.

Les Français ont de plus en plus recours aux plateformes numériques dans l’habitat *,  et notamment durant cette période de crise sanitaire. Certaines plateformes sociales connaissent notamment des pics de consultation. C’est notamment le cas de la plateforme AlloVoisins, reconnu par le gouvernement comme service numérique d’utilité publique. Son fondateur, Edouard Dumortier, nous partage sa vision sur la crise que nous vivons et sur le rôle des plateformes numériques à l’épreuve du confinement.

Qu’est-ce que le confinement révèle de notre société d’après vous ? Quels nouveaux comportements observe-t-on ?

Notre premier ministre disait que cette crise allait révéler ce que “l’humanité a de plus beau et de plus sombre”. Je trouve ce point de vue assez juste car les crises exacerbent les comportements. Pour le positif, on voit en effet que, depuis le début du confinement, les gens font spontanément preuve d’élans de générosité, de solidarité. Le local prend son essor, l’entraide s’organise et nous recentrons nos besoins sur ce qui est essentiel tout en prenant conscience de ce qui est secondaire. Certes nous sommes confinés – et isolés par définition – mais nous avons tous besoin des autres : on prend conscience que l’individu a besoin du collectif, de la même manière que le collectif a besoin de l’individu. 

Je pense que l’après sera nettement différent de l’avant. Déjà, parce que nous savons désormais que nous ne sommes pas à l’abri de nouvelles menaces épidémiques dans le futur. Notre mode de vie va être transformé en profondeur et c’est tout sauf anecdotique. Nous percevons les limites de la mondialisation, le plus grand symbole étant celui du masque, qui est aujourd’hui devenu un objet essentiel que certains pays (dont le nôtre) ont du mal à se procurer. La situation nous interroge aussi sur le mal que l’on a fait à la planète, sur le consumérisme exacerbé. 

Cette situation inédite nous conduit-elle vers plus de solidarité ou au contraire d’individualisme ?

Par définition, le confinement c’est le repli sur soi. Oui, sauf que tout le monde se retrouve à 20h sur les balcons pour applaudir et discuter ensemble. Cet élan de solidarité est visible et semble prendre le pas sur l’individualisme : les gens se mettent au service des autres, les barrières tombent. Il n’est plus rare de voir des personnes qui ne se connaissaient pas discuter entre elles dans la rue, à leurs fenêtres, dans les queues de supermarché… 

Alors que 67% des Français ont recours au moins une fois par mois à des services de consommation en ligne*, les plateformes numériques ont-elles un rôle à jouer pour faire face à cette crise ?

Je pense que cette crise amplifie une tendance qui était déjà en marche. Celle du recours de plus en plus massif à des services numériques de proximité. Historiquement, la magie du web, c’était d’avoir accès au monde entier, tout de suite. Or cette idée représente un acquis aujourd’hui et nous attendons maintenant beaucoup plus du web local. Le numérique change progressivement d’échelle pour nous proposer des services plus contextualisés, plus proches de nous. À titre d’exemple, on voit bien le retail se met de plus en plus au phygital, en associant le meilleur des deux mondes (celui du physique et celui du digital). Lorsque vous vous connectez au site d’une enseigne, il arrive souvent qu’on vous indique où se situe le magasin le plus proche de chez vous. 

Le succès des applications de rencontre démontre aussi une autre tendance forte : celle d’une demande croissante de services numériques qui favorisent le lien social. 

En cette période, les plateformes numériques ont bien évidemment un rôle à jouer. C’est notre cas en tant que facilitateur de la vie quotidienne. 

Justement, quel est l’impact du confinement sur l’activité d’AlloVoisins ? Avez-vous mis en place des mesures particulières ?

Notre raison d’être, c’est faire se rencontrer les gens. Notre activité est donc directement touchée par la situation, puisque le confinement nous contraint à ne plus permettre la plupart des échanges marchands traditionnels de notre plateforme (jardinage, ménage…). 

Dans cette situation inédite, nous avons donc décidé de lancer plusieurs initiatives solidaires. Tout d’abord, en retirant toutes nos commissions et frais bancaires sur l’ensemble de nos transactions. Ensuite, en favorisant des services non rémunérés au service de ceux qui en ont besoin : garde d’enfants pour ceux sont obligés de se rendre physiquement sur leur lieu de travail, livraison de courses pour les personnes âgées ou encore bricolage de première nécessité. 

Pensez-vous que nous serons plus proches de nos voisins demain ?

Je suis sûr que la crise que nous vivons aura des effets positifs sur notre sociabilité. Le retour à une consommation – et une conscience – plus locale revient aussi à une plus grande proximité avec ceux qui nous entourent : nos commerçants, nos voisins… 

 

*Obsoco : Observatoire de l’Habitat 2019, Nexity, CDC Habitat, Somfy

Afin de mesurer leur disposition à l’égard du numérique, les répondants ont été interrogés sur leur usage de différentes applications. Les applications de réseaux sociaux personnels (Facebook, Instagram, etc.) arrivent en tête des applications les plus fréquemment et massivement consultées par les personnes interrogées, 34% d’entre elles déclarant y recourir plusieurs fois par jour, et 28% quotidiennement ou presque. Suivent les applications de messagerie instantanée (Messenger, WhatsApp, etc.) avec 18% d’utilisateurs très fréquents et 21% qui en ont un usage quotidien ou presque. Les applications bancaires et financières font l’objet d’un usage moins fréquent mais d’une diffusion massive, seuls 15% des répondants déclarant n’y avoir jamais recours.

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