@Architectes de l’urgence
Publié le 01.04.25 - Temps de lecture : 3 minutes

Architecture d’urgence : comment reconstruire vite, bien et durable ?

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Comment reconstruire après une catastrophe ? Pour Patrick Coulombel, cofondateur de la fondation Architectes de l’urgence, il ne s’agit pas seulement d’aller vite, mais de reconstruire intelligemment, dans le respect du contexte local.  

À RETENIR 

  • La reconstruction post-catastrophe nécessite un temps de deuil préalable, suivi d’une action rapide mais structurée, adaptée au contexte local et émotionnel des sinistrés. 
  • L’architecture d’urgence impose une exécution rapide sans improvisation, malgré l’absence fréquente de cadre administratif clair, comme l’illustre l’exemple des Philippines après le typhon Yolanda. 
  • Le principal obstacle à la reconstruction rapide est l’accès au foncier constructible, souvent retardé par des contraintes juridiques et sécuritaires incompatibles avec l’urgence. 
  • L’utilisation de matériaux locaux permet une reconstruction rapide, économique et adaptée, tout en favorisant la transmission de savoir-faire durable auprès des populations locales. 

« Avant même de penser à rebâtir, les gens doivent avoir le temps de faire leur deuil. Tant que cela n’est pas possible, il est difficile, voire impossible, de se projeter dans l’après », explique Patrick Coulombel, cofondateur de la fondation Architectes de l’urgence qui intervient depuis plus de 20 ans dans le monde entier. Un délai incompressible, parfois de plusieurs mois, avant que la reconstruction puisse réellement commencer. 

Et quand ce moment arrive, tout doit ensuite aller très vite. L’architecture d’urgence, par définition, n’a ni le temps d’attendre les appels d’offres, ni celui de lancer des plans sur dix ans. Elle repose sur une équation complexe : bâtir des structures solides, sûres, et durables, dans un contexte d’instabilité totale. Des écoles aux logements, il faut reconstruire en quelques semaines, avec peu de moyens et souvent sans cadre administratif clair.  

RECONSTRUIRE VITE, SANS IMPROVISER, LES CLÉS DE L’ARCHITECTURE D’URGENCE

Séismes, cyclones, inondations… chaque catastrophe déclenche une course contre la montre. L’architecture d’urgence s’inscrit dans cette temporalité extrême. Il faut bâtir vite, mais avec rigueur. Pas question d’improviser. « On sait construire en trois mois, on l’a fait », raconte Patrick Coulombel à propos du typhon Yolanda aux Philippines. Là-bas, les habitants ont repris les travaux trois semaines après la catastrophe. Trois mois plus tard, des écoles entières étaient déjà reconstruites. Mais ces réussites dépendent de nombreuses variables : que les gens soient prêts, que les moyens soient là, et surtout que l’administration ne freine pas l’action. À Mayotte, après le passage du cyclone Chido en décembre 2024, 100 000 m² de bâches ont été envoyés pour protéger temporairement les habitations endommagées. Une réponse d’urgence simple mais vitale, en attendant de pouvoir reconstruire sur des bases solides. 


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LE FONCIER, NERF DE LA GUERRE

C’est l’un des paradoxes de l’architecture d’urgence : on sait construire vite… mais on ne sait pas toujours où construire. « Le principal frein, ce n’est pas la technique, mais le foncier. Il faut un terrain et que celui-ci soit constructible », rappelle Patrick Coulombel. Dans de nombreuses zones sinistrées, les délais de décision sur l’urbanisation sont incompatibles avec l’urgence. Déclarer une zone constructible, exproprier, aménager : autant de démarches qui peuvent prendre plusieurs années. Et puis, il y a les contraintes de sécurité : ne pas reconstruire en bord de mer dans une zone à risque de tsunami, ni dans des fonds de vallée inondables. Ce qui implique, à nouveau, de trouver du terrain disponible ailleurs. « C’est une vraie problématique, et un facteur limitant majeur de nos interventions », insiste Coulombel. 

MATÉRIAUX LOCAUX, SAVOIR-FAIRE PARTAGÉS 

Dans ce contexte tendu, une règle s’impose : faire avec ce qu’on a. « C’est la théorie de Sissien : on utilise les matériaux présents sur place. C’est la base d’une reconstruction rapide et durable », explique Patrick Coulombel. Moins de transport, moins de coûts, et surtout une meilleure adaptation au terrain. Terre crue, bois, briques, pierres… les ressources locales sont aussi celles que les habitants savent déjà manier. « Plus on travaille avec les matériaux d’ici, plus les gens les maîtrisent — et mieux ça fonctionne », ajoute-t-il. Cette approche a un autre avantage : elle permet de transmettre. En Haïti, plusieurs ouvriers formés par la fondation sont devenus entrepreneurs. Ils ont repris les techniques parasismiques, les méthodes de renforcement, les bons gestes. « Ils ont reproduit la technicité, les renforcements, les bons gestes. Ils ont refait exactement ce qu’on leur avait montré », souligne Patrick Coulombel. Preuve que de l’urgence peut aussi naître les fondations les plus durables. 

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